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::. LE TEMPS EN AFRIQUE
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L’Afrique ignore certaines évidences occidentales. Parmi celles-ci nous retenons ici cette notion impérieuse qui est chez vous, le temps. Mais aussi, plus curieusement, la propriété qui ne relève pas de l’histoire ce continent, où la terre n’appartient à personne. Evoquons le temps en premier lieu.
L’Occident considère souvent que le temps n’a pas la même valeur en Afrique. La perte de temps, le rythme élevé et la vitesse caractérisent l’existence des modernes. Le rapport au temps de l’Occident est toujours une découverte déconcertante pour l’Africain. Les Européens n’ont en réalité jamais le temps. Ils nous donnent le sentiment de vivre constamment dans l’instant, dans l’immédiateté. La notion même de durée a disparu. L’essentiel est dans l’instant. Tout doit être réalisé, être à disposition immédiatement. Attendre, reporter une décision, prendre le temps de la discussion, de la concertation, reporter au plus tard une décision… cela semble inconcevable en Occident.
L’essentiel se joue toujours plus dans la modernité occidentale dans l’immédiat et le très court terme. Le temps long semble avoir disparu de l’horizon.
Rien de tel en Afrique. Sommes-nous en retard ? Hors course ? J’ai la faiblesse de croire que nous possédons quelques avantages sur ce point.
La question en Afrique est celle de l’adhésion. Rien ne sert de précipiter les choses, de prendre une décision dans l’urgence en attendant que les conséquences suivent. Rien n’est plus contre-productif. Sans adhésion, on ne peut rien faire en Afrique. Sans explications, sans attitude pédagogique et patience, aucune chance de se faire entendre ! Il faut prendre le temps.
Si l’on veut par exemple construire une école dans un village, et pour peu que la construction ne soit pas dans les normes de la région, il faudra longuement palabrer pour obtenir l’intérêt, puis l’adhésion des villageois. On est obligé de tenir compte du niveau d’études ou de compréhension qui est le leur pour parvenir à ses fins. Même si l’on est convaincu que leur intérêt est bien en jeu. Il faut avant tout les en convaincre. Est-ce une perte de temps ? Oui, selon la mesure de l’Occident.
Nullement, si l’on veut faire avancer ses projets. L’Africain n’est ni négligent ni désinvolte, il va adhérer à un projet ou à un simple ordre s’il l’a bien assimilé. Les Européens ont le sentiment d’être absolument clairs et pédagogiques, mais ils ne prennent pas le soin de vérifier qu’ils ont été bien compris ou suivis. Pour cela, il faut prendre le temps de l’explication.
Les Africains donnent souvent l’impression de se mouvoir avec lenteur et en même temps de ne pas vraiment savoir anticiper. Ils n’ont souvent pas de réelles visions à long terme. Ainsi, il m’a été difficile d’inciter les gens de mon village à épargner ; ils ne voyaient pas dans le court terme l’intérêt de la chose. De même, leur demander d’investir et d’attendre cinq ou six ans pour percevoir les premiers fruits de leur engagement n’était pas simple.
Il y’a un certain apprentissage du temps moderne et de ses rythmes. Reconnaissons-le. La société occidentale a sur ce plan quelques décennies d’avance. La modernisation de l’Afrique est très récente. Ce n’est que par l’exemple que les villageois vont modifier leurs comportements en observant ceux qui ont changé ou qui ont progressé autour d’eux. Ils n’avanceront qu’à partir d’exemples concrets.
RENAISSANCES AFRICAINES, de Marcel Zadi Kessy, page 148-150
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