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::. MUR ETHNIQUE
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Nous sommes ici en présence d’un des invariants majeurs de la politique en Afrique, les solidarités ethniques.
Le débat démocratique tel que le conçoit l’Europe – qui serait d’ordre universel – se heurte à ce mur ethnique en Afrique. L’attente des électeurs de chaque région, en apportant leurs suffrages, est d’espérer en retour faveurs, avantages, postes en vue et subsides supplémentaires. L’élu d’un camp ne peut en aucun cas oublier d’apporter régulièrement et fidèlement par la suite son écot à ses électeurs. Quand on s’affilie à un parti, le PDCI, fondé par le président Houphouët, et que l’on appartient à l’ethnie Guéré par exemple, on ne peut être ainsi suspecté de connivence avec l’ennemi dans son propre parti car sa région d’origine ne correspond pas à celle du chef de parti…
Mais le résultat le plus tangible de ces divisions partisanes sur la base des appartenances ethniques est tout simplement à l’origine du conflit sanglant que connaît la Côte d’Ivoire depuis 2002. La révolte du Nord est née de ce manque de confiance dans le reste du pays et des partis qui le représentent. Les peuples du Nord ont eu le sentiment qu’on voulait les exclure de la scène nationale. D’où leur révolte, une quasi guerre civile et la partition pendant des années du pays en deux entités opposées. Une situation qui aurait été inimaginable du temps de la présidence d’Houphouët-Boigny dont le parti unique comprenait nombre de représentants du Nord avec qui le dialogue était donc constant.
On aurait pu bien entendu éviter ce dramatique conflit. Mais l’avenir sera pire encore si les Ivoiriens ne mettent pas un peu de raison dans leurs passions. Qui dit en effet que le résultat de la présidentielle sera accepté par tous ? Que feront ces électeurs du Nord, du Centre ou de l’Ouest si leur leader était battu ? Autant de questions et de problèmes qui me préoccupent aujourd’hui.
Il y faudra plus que la seule victoire d’un candidat, mais un travail de fond pour reconstruire la confiance de chacun. L’enjeu n’est pas la victoire d’un camp sur les autres, mais de favoriser l’unité nationale et de relancer le développement unitaire du pays. Nous en sommes encore bien loin.
Bref, le pluripartisme tel qu’il s’est installé et tel qu’il est pratiqué dans un pays comme la Côte d4ivoire n’a aucune chance de régler les problèmes du pays. Et pas plus de faire émerger un leader capable de fédérer et de rassembler l’ensemble de la population. La démocratie et le système du multipartisme est aujourd’hui dans l’impasse dans de nombreux pays africains. La démocratie telle qu’elle s’est auto organisée en Côte d’Ivoire revient en réalité à donner la parole à toute une série de personnages qui n’ont aucune légitimité pour la prendre. Pas de formation, pas d’expérience, pas d’idéal ni de projet politique, seulement l’ambition de prendre une voie plus rapide pour arriver à exercer quelques responsabilités… et en tirer nombre d’avantages. Une chose est sûre, cet exercice démocratique-là n’apportera pas le progrès et la paix.
RENAISSANCES AFRICAINES, de Marcel Zadi Kessy, page 181-183
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