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::. LE VRAI COMBAT POLITIQUE
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L’expérience que je mène à Yacolidabouo a cet objectif :
Faire comprendre, montrer par l’exemple ce que signifie véritablement le développement et les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. La propreté, le respect d’une certaine hygiène, l’ordre, le respect des espaces communs… toutes ces attitudes qui nous ont été léguées par le colonisateur ont été abandonnées et même conspuées parce que nous étions devenus libres et indépendants. Mais nous avons confondu le bonheur d’être libérés avec la pagaille et le désordre !
«Il faut laisser faire, ne rien exiger des enfants, ni des parents…Tout cela remonte aux colons ! » Voilà ce que l’on entend aujourd’hui, via la télévision ! La culture de l’effort n’appartient pas à la colonisation, elle est universelle. Quand on prend soin des biens qui vous ont été confiés, quand on les entretient, on ne fait pas le jeu des colons. On rend possible une vie digne à chacun. Il existe chez certains responsables, un discours qui loue la paresse et se contente de dénoncer les manigances supposées de l’ancien colon. Voilà qui n’apporte rien de bon et ne nous aide en tout cas pas à reconstruire nos sociétés !
Je ne suis pas assez naïf pour ne pas imaginer toutes les tentatives des milieux d’affaires et des porteurs de capital pour préserver leurs positions en Afrique. Mais il s’agit plutôt ici de rapports de force. Si nous avons obtenu hier l’indépendance, nous pouvons aujourd’hui nous défendre activement et efficacement contre les tentatives de pillages de nos ressources. Dénoncer les manigances des étrangers ou des « affairistes blancs » n’est qu’une partie du problème.
Il ne faut pas donner l’occasion à cette nouvelle forme de domination de prospérer. Il faut traiter d’égal à égal avec ces puissances financières, négocier, défendre les intérêts de notre peuple. Et, surtout, ne pas nous laisser corrompre. La rencontre des autres peuples et l’appropriation de leurs nouvelles techniques et modes de vie sera d’autant plus facile que nous serons assurés dans notre propre culture et fier de ses valeurs.
La réputation de désordre et de laisser- aller africain n’est pour moi en rien lié à une culture ou un atavisme particulier qui appartiendrait en propre aux Noirs ! Il s’agit d’éducation, d’exemple et de modèle à suivre. Il n’y a là aucune fatalité pour l’Afrique, ni pour la Côte d’Ivoire ! Prenez l’état des écoles ou de l’université dans notre pays. A l’exception d’un ou deux établissements bien tenus, l’ensemble donne une impression d’anarchie et d’abandon désespérant. Comment voulez-vous que les futures élites en sortent bien formées ? Et ambitieuses pour redresser leur pays ?
Quand on tient en ordre sa maison, sa concession, et si on apprend à entretenir les biens communs, les rues, un dispensaire, une maternité…la vie des villageois en est changée, mais surtout leur avenir sera dorénavant différent. Les générations suivantes adopteront ce même modèle.
Voilà la seule manière de faire évoluer les mentalités et d’accéder sérieusement à la modernité ! S’il leur arrive de quitter le village et cet environnement rural, ils reproduiront forcément ailleurs, dans la ville, les comportements et le modèle qu’ils ont vu à l’œuvre. C’est un travail de longue haleine, certes, mais c’est un préalable au redressement de notre pays. Il s’agit là pour moi de la seule voie efficace pour parvenir au développement… mon idée fixe, le développement de proximité ! Ce modèle est extensible à la devise initiée par Houphouët –Boigny : « Union, discipline, travail ».Cette vision-là peut sortir ce pays, et d’autres sur le continent, de l’impasse.
RENAISSANCES AFRICAINES, de Marcel Zadi Kessy, page 201-203
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