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::. ABSENCE DE CONTRE-POUVOIRS
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La malédiction du pouvoir est que le sentiment de toute puissance grise trop vite les hommes qui y sont parvenus. Ils se trouvent face à des portes automatiques qui s’ouvrent toutes sur leur passage… sans limites. Ils ne sont pas assez confrontés à de sérieux contre-pouvoirs.
En Afrique l’opinion publique n’a pas de consistance ; pas plus que la société civile, la presse est uniformément partisane et non indépendante, le parlement impuissant… Les institutions et les instances de contrôle existent bien en Afrique, mais elles ne fonctionnent pas comme en Europe. Pourquoi ? Tout d’abord parce que les sociétés occidentales sont arrivées à une maturité qui n’est pas celle de l’Afrique. Ce développement institutionnel est intrinsèquement lié à un certain niveau de développement culturel. Dans les termes, les institutions des pays africains sont organisées sur le modèle des sociétés européennes, mais dans le fond, elles ne peuvent le prétendre…
Ce n’est pas la modification ou l’amélioration des règles démocratiques qui améliorera la situation de nos pays africains, ce sont les hommes, leurs qualités propres. Il nous manque aujourd’hui les hommes et les femmes capables et formés pour cela. Il ne s’agit pas de modifier à l’infini les règles, les instances de contrôles ou les institutions, il faut trouver des personnalités intègres et compétentes capables d’assurer ces missions. Force est de constater que nous ne les avons pas encore trouvées en Afrique. Comment les responsables politiques peuvent-ils s’arrêter dans leur quête du « toujours plus » de pouvoir, de biens et d’attributs de puissance ? Comment peuvent-ils s’autolimiter ?
Compter, comme en Occident, sur le quatrième pouvoir, celui de la presse et des médias est aussi une illusion. Les Européens n’arrivent pas à imaginer la réalité d’un monde médiatique morcelé et divisé en autant de titres que le pays compte de factions ou de partis.
La presse ne joue pas un rôle de contre-pouvoir, mais celui d’un amplificateur des opinions et intérêts de chaque camp et de leurs querelles partisanes. La presse dite indépendante est corvéable et serviable à merci selon les commanditaires et les contributions financières généreusement versées ! La presse uniformément dépendante d’un camp. Elle est entièrement financée par les partis ou les factions en place. Et conçue pour être au service exclusif d’un camp. C’est, au fond, une presse d’opinion telle qu’elle était conçue en France dans les années d’avant-guerre, une presse communiste une presse de droite, une presse socialiste… Et pourtant, Dieu sait à quel point la presse peut être un puissant levier d’évolution pour la démocratie. Et pour l’émergence d’une véritable société civile qui, nous l’avons dit, n’existe pas sous nos latitudes.
En l’absence de tout contrôle efficace, on ne peut en réalité compter que sur la qualité des hommes, leur formation solide, leur éthique personnelle.
De tels hommes intègres existent en Afrique et en Côte d’Ivoire. Il ne s’agit pas d’hommes au destin hors du commun, mais plutôt des hommes conscients que le mal est en nous. Conscients qu’il faut poser et accepter des limites à son action. Conscients des dérives toujours possibles de l’exercice du pouvoir. Il nous faut des sages, plus que des grands hommes au destin exceptionnel. Tout ne dépend pas en Afrique des institutions, mais de la qualité des hommes. Ce n’est pas la démocratie qui changera les choses, ce sont les hommes. Cela passera par la formation dans les familles mêmes, à l’école, à l’université, dans les associations, dans les entreprises… On ne pourra pas éradiquer ces dérives en un jour, il y faudra beaucoup de temps, mais d’abord une prise de conscience générale.
RENAISSANCES AFRICAINES, de Marcel Zadi Kessy, page 169-171
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