2008
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marcelzadikessy.org : Présentez-vous

Je me nomme Kaunan Koffi Alexis. J’occupe le poste de Sous/Directeur du Budget et contrôle de gestion à la Compagnie  Ivoirienne d’Electricité. Je suis également le Président de l’UCACIE (Union des Cadres de la CIE), ancien sénateur de la Jeune Chambre Economique et Président de la MUDEAT (Mutuelle de Développement Economique et Social d’Attienkoffikro).

marcelzadikessy.org: Pouvez-vous nous présenter votre organisation ou structure?

Attienkoffikro est situé dans le département de Tiébissou. Il fait partie de la tribu « Lomo ». La MUDEAT existe depuis les années 80. Elle avait pour but dans un 1er temps de rassembler tous les fils du village vivant en dehors de celui-ci, pour les amener à retourner régulièrement au village. La MUDEAT a initié plusieurs projets depuis sa création dont la construction de l’école du village en 1980, l’initiation d’un projet d’hydraulique villageoise comportant 4 forages permettant une alimentation des populations en eau potable, ainsi que le lotissement du village. Nous avons reçu la visite le 04/09/1998 du Président Marcel Zadi Kessy qui a présenté à la MUDEAT et à l’ensemble des populations le modèle de développement OUYINE. Cette rencontre a provoqué un véritable déclic dans l’esprit des populations d’Attienkoffikro qui ce sont résolument tournées vers le développement. Le Président ZADI à son arrivée nous a fait 2 promesses importantes qu’il a tenues. Il s'agit du don de 100 chaises et de l’électrification du village qui a été effective le 20/12/2000. Tout ceci nous a permis, le 31/03/2002 d’inviter le Président de la République à la célébration de la fête de la Pâques à AttienKoffikro. Nous venons d’achever la construction du centre de santé offert par le Chef de l'Etat et des négociations sont en cours pour l’achèvement de la construction de l’école du village ainsi que des logements pour les enseignants.

marcelzadikessy.org: Combien de personnes regroupe votre association ou organisation ?

Je ne saurais vous répondre parce que tout le village se reconnaît dans la mutuelle. Lorsqu’une action est organisée, tout le monde se sent vraiment intéressé. Je peux dire que tous les ressortissants du village font partie de la mutuelle. Attienkoffikro compte 300 habitants résidants.

marcelzadikessy.org: Dans quel domaine d’activité exercez-vous ?

En tant que mutuelle de village, nous sommes dans le domaine du développement social. Notre rôle est donc de créer des infrastructures dans le village, mais surtout de faire en sorte que culturellement, les ressortissants de notre village ne perdent pas les connaissances qu’ils ont de notre histoire et de notre coutume. Il y a un certain nombre de danses et de pratiques traditionnelles qui commençaient à se perdre et que nous voulons ressortir. Cela permettra à nos enfants et nos frères qui n’ont pas l’habitude d’aller au village de retrouver leurs racines culturelles.

marcelzadikessy.org: Comment êtes vous organisé?

Notre mutuelle a un bureau qui se trouve à Abidjan et qui est le Bureau Exécutif National. On a des représentants de quartier à Abidjan et des représentants de zone dans les villes de l’intérieur et dans les localités où vivent des ressortissants du village. Ces derniers rendent compte au bureau exécutif national du fonctionnement de la mutuelle dans leur quartier ou dans leur zone. Nous avons un local à Abidjan qui nous a été prêté par l’ancien président de la mutuelle et qui nous sert de siège.

marcelzadikessy.org: Comment êtes vous arrivé à mettre votre structure en place?

Il y avait un certain nombre de besoin qui ont fédéré toutes les envies. On avait besoin de développer le village, donc les gens se sont retrouvés au cours d’une assemblée générale pour décider de la création d’une association dénommée Association des Ressortissants du village d’Attienkoffikro. En 1994 on a décidé de la transformer en mutuelle parce que l’association avait un caractère trop restrictif.

 

marcelzadikessy.org: Votre action suscite t-elle un engouement particulier au niveau des villages voisins au vôtre?

Il s’agit ici d’une action de bénévolat qui nécessite beaucoup de sacrifices que beaucoup de gens n’aiment pas faire. Quand il y a un intérêt immédiat, on sent la motivation, et après tout le monde baisse les bras. En période électorale, tout le monde se bat pour occuper un poste de responsable dans les mutuelles de village. Mais en période creuse, personne ne s’affiche. Ce qui fait que lorsqu’on observe les 13 villages de la tribu Lomo, nous sommes pratiquement la seule mutuelle qui fonctionne. Ce n’est pas dû au fait que les cadres d’Attienkoffikro soient exceptionnels. Seulement nous, on s’intéresse à l’aspect développement. C'est-à-dire que nous mettons en place un plan d’action en fonction de nos objectifs de développement. Je suis sénateur Jeune chambre économique et donc nous maitrisons ce type de méthode de travail. On établit un plan annuel et on met un point d’honneur à le réussir, quelque soit ce que ça nous coute. Parfois ça nous coute véritablement chère, mais comme on a prit l’engagement de le faire, on le fait. Là par exemple, on se prépare à remplacer nos pompes villageoises par un système d’adduction d’eau moderne. C'est le « PADER LACS » qui initie ce genre de projets. Quand nous sommes allés les voir, ils nous ont dit qu’il fallait 5 millions de FCFA comme fonds propres avant de déposer notre candidature pour bénéficier de leur assistance dans le cadre de ce projet. On n’avait pas cette somme au niveau de la mutuelle. Nous nous sommes cotisés, de manière individuelle pour pouvoir réunir 5 millions de FCFA. Le conseil général ayant perçu l’effort fourni, a décidé de payer cette somme pour le village. Mais tout est parti d’une initiative propre. On avait vraiment envie de le faire. Les villages voisins, après qu’on ait eu l’électrification, ont délégué des personnes pour venir me voir afin que je prenne attache avec le Président Zadi pour qu’ils bénéficient eux aussi de l’électricité. Mais c’étaient des initiatives individuelles. A chaque fois, je leur demandais de s’organiser. L’action de M. Zadi n’est pas à confondre avec de la politique. Lorsqu’il pose un acte, c’est pour un groupe, une communauté. Ses actions ne doivent pas être utilisées par des individus à des fins politiques.

marcelzadikessy.org: Vous avez plusieurs projets à réaliser. Comment se constituent les fonds ?

C’est une question très importante. En tant que dirigeant de mutuelle de village, on n’aura jamais les fonds nous-mêmes. Mais ce que nous faisons, c’est d’initier des actions qui peuvent nous amener des bailleurs de fonds, des financiers. Nous avions par exemple besoin de construire un centre de santé, de rénover l’école, de faire un certain nombre de travaux. Nous nous sommes dits : cherchons à faire venir le Président de la république. S’il vient, il va nous aider. Donc nous avons réunit l’argent nécessaire à sa réception dans notre village. Il a accepté de venir et à ce moment là nous lui avons présenté nos projets. Résultats : nous avons obtenu notre centre de santé. Les villageois n’ont pas un carnet d’adresse très fourni. L’un des enseignements du Président Zadi, est de ne jamais utiliser les relations qu’on a pour soi-même uniquement. Il nous a toujours dit qu’on ne pouvait jamais tout financer nous-mêmes, et qu’il fallait qu’on utilise nos relations au profit de notre communauté. Et c’est ce que j’essaie d’utiliser. Une relation particulière d’affectivité s’est installée entre le Président Zadi et nous. Nous l’avons célébré le 17 février 2007 à l’hôtel ivoire. Tous les chefs et les ressortissants du village étaient là. Nous avons donc décidé de faire un jumelage entre les villages de Yacolidabouo et d’Attienkoffikro. J’ai tout fait pour que les relations que j’avais avec M. Zadi soient mises au profit de mon village.

marcelzadikessy.org: Les résultats obtenus aujourd’hui sont-ils satisfaisants ?

Au regard de tout ce que nous avons entrepris jusque là, je peux dire que les résultats sont largement satisfaisants. Nous avons construit l’école, réalisé le lotissement du village, installé 4 pompes hydrauliques. Aujourd’hui nous avons obtenu un centre de santé qui vient d’être achevé ; on est en voie d’obtenir un système d’adduction d’eau moderne qui va remplacer les pompes villageoises. Si on réussit à réaménager l’école comme nous le souhaitons, nous pourrons dire que nous avons tout obtenu. Un autre projet important est de mobiliser l’ensemble des cadres pour une opération immobilière. Pour l’instant ce projet n’a pas encore démarré parce que nous ne sommes pas vraiment prêts. Mais je pense qu’avant la fin de mon mandat, on le mettra en œuvre.

marcelzadikessy.org: Quelles sont les sources de revenus de la population d’Attienkoffikro et quels sont les projets pouvant lui permettre de s’auto-suffire financièrement ?

Notre village se trouve en zone de savane. Nous n’avons ni café ni cacao. Alors nous nous sommes posé la question de savoir quel était le type de culture qu’on pouvait réaliser pour générer des revenus. On a réuni nos parents et on est tombé d’accord sur la culture du coton. Nous sommes donc allés voir la CIDT qui nous a aménagé 15 hectares pour faire un test. La CIDT a fait un aménagement primaire du terrain. Nous en tant que village devrions apporter une somme d’à peu près 600.000 F pour l’aménagement définitif du terrain. Malheureusement le travail n’a pas pu démarrer parce que le machiniste choisi a perçu l'argent et n'a pas été capable de faire l'aménagement. Nous avons donc suspendu le projet coton, mais je pense qu’avec le soutien de la CIDT, nous pourrons le relancer. Pour l’instant les populations vivent de la culture et de la vente de produits vivriers, notamment le manioc. Une coopérative existe sur place. Nous avons, à ce sujet, besoin de 2 broyeuses que les femmes de la coopérative pourront utiliser pour faire de la pâte de manioc qui est beaucoup plus facile à vendre. Ces broyeuses vont engendrer un développement important des activités des femmes en termes de production de pâte de manioc. Si nous arrivons à développer ce secteur, les hommes vont aider les femmes à avoir des plantations plus grandes. Nous voulons que notre village devienne la référence de la région en matière de production de manioc. C’est un axe important que nous voulons développer.

marcelzadikessy.org: Les femmes sont elles impliquées au niveau de la mutuelle?

Oui. Nous les avons aidés à mettre en place une coopérative agricole. Elles s’occupent de la gestion de la cantine scolaire. Nous sommes organisés de sorte à ce que les femmes soient vraiment impliquées dans le développement du village. Nous essayons d’intégrer les femmes qui se trouvent en dehors du village en leur donnant les moyens de faire quelques actions. C'est pourquoi nous avons pris attache avec la FENACOVICI pour voir comment installer sur les marchés en ville, les femmes d’Attienkoffikro qui s’occuperont de la vente des marchandises en provenance de nos champs. Ainsi à chaque bout de la chaine, on aura des femmes du village. Mais nous sommes confrontés à un problème de droit d’adhésion à la FENACOVICI. Le projet n’a donc pas totalement prit.

marcelzadikessy.org: Quels sont vos objectifs ?

Comme je l’ai déjà dit, il s’agissait pour nous d’initier des actions de développement dans le village afin qu’Attienkoffikro soit structuré et équipé. C’est la première des choses. Le deuxième point focal, c’était d’avoir un lien permanent avec notre village pour que la culture du village ne se perde pas. Le troisième objectif, c’est l’aspect économique qui prend en compte les activités qui nous permettraient d’avoir des revenus. J’ai parlé déjà du projet coton et de la production de pâte de manioc avec les femmes. Mais ces projets sont plus ou moins ralentis parce que nous ne disposons pas d’un fond de roulement assez important. Si nous avions des moyens conséquents, les villageois auraient eu les moyens d’avoir des ressources.

marcelzadikessy.org: Avez- vous rencontré des difficultés majeures?

Il existe des contraintes d’ordre climatique vu que nous nous trouvons en zone de savane. Mais il existe des cultures adaptées comme le coton, l’anacarde, etc. Le principal problème est le manque de ressource financière. On essaie d’avoir des plates-formes pour montrer nos capacités à créer des choses de sorte que des bailleurs de fonds puissent s’intéresser à nous. Si on montre qu’on est capable d’aller jusqu’au bout d’un projet quand on l’initie, ça suscitera la confiance et on pourra bénéficier d’aide.

marcelzadikessy.org: Quel conseil peut-on recueillir auprès de vous pour des personnes qui veulent faire comme vous ?

Il faut que les villages s’organisent. Les villages ne doivent pas être gérés selon le bon vouloir d’un seul individu qui fait tout. Sinon demain quand il ne sera pas là, il n’y aura plus rien. Quand une organisation a été mise en place, elle doit fonctionner. On voit dans beaucoup de villages des organisations qui existent mais qui ne fonctionnent pas vraiment pour des raisons de disponibilité ou de rivalité interne. Il faut beaucoup de disponibilité et de volonté pour faire fonctionner une organisation parce que c’est du bénévolat. Le dirigeant ne doit pas avoir peur de mettre la main à la poche pour faire fonctionner sa structure.

marcelzadikessy.org: Avez-vous une sollicitation particulière à faire ?

Mon problème actuellement est de pouvoir structurer le village en termes d’activité de production. Je veux véritablement réussir le projet coton et la production de manioc. Nous avons la terre et la technique. Mais nous ne disposons pas de moyens. Nous avons besoin d’aide pour produire. Au niveau des infrastructures nous ne sommes pas les plus malheureux. Nous cherchons surtout à consolider le développement du village par la production pour permettre à nos parents de s’auto-suffire et produire de la richesse.

marcelzadikessy.org: Avez- vous un message à faire partager ?

Je dois dire simplement que le Président Zadi avait raison. Il a raison sur 2 choses : non seulement il faut amener les gens à s’auto-développer, mais il faut aussi leur apporter la culture de la gestion moderne. Le gros problème c’est qu’il y a un minimum qu’il faut en termes de ressource pour faire fonctionner ne serait-ce que l’organisation. Et ce minimum manque souvent, ce qui nous pousse à taper à toutes les portes. Des fois ça donne l’impression que nous sommes des personnes qui demandent trop. Mais quand on est convaincu qu’on peut réussir une action et qu’on sent qu’on est bloqué par les moyens, on est obligé de chercher un peu par-ci par-là des ressources. Il faut que les cadres qui veulent véritablement faire du développement acceptent de se mettre à la disposition des gens avec un minimum de sacrifice. Et c’est ce que le Président Zadi réussit à faire. Nous essayons de le copier. Ceux qui ne l’ont pas encore compris peuvent l’inviter à venir. Nous l’avons fait. Il y a des difficultés ; à nous de les surmonter. C’est une voie d’espoir pour le développement rural intégré, mais il ya un certain nombre de conditions à réunir pour y parvenir. Si cela est fait, on peut réussir. A Attienkoffikro nous sommes en train d’expérimenter le conseil du village. Les cultures Baoulé et Bété son différentes, mais nous essayons d’adapter l’organisation « Ouyine » à nos réalités.

 

 

 

 

 

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