Introduction
L’objet de ce bulletin est d’analyser l’impact du secteur informel en Côte d’ivoire, en ayant à l’esprit le souci de dégager une synthèse et des recommandations sur la base d’une revue de littérature variée et de quelques éléments d’enquêtes recoupées.
Les causes de l’informel sont, tout d’abord, présentées. Ensuite, les forces et les faiblesses sont abordées sous forme d’argumentaires.
1) Les causes de l’informel
Le secteur informel (secteur d’activités hors normes) est un ensemble de micro unités de production ou de micro producteurs fonctionnant sur la base de l’auto emploi. Dans ces unités, à part la patente, les autres taux d’enregistrement administratifs aux registres du fisc sont très faibles. Il ne s’y pratique aucune comptabilité écrite formelle.
Le secteur informel se différencie de l'économie souterraine qui fait référence au travail illégal et à la fraude fiscale.
Ce style d’entreprenariat prend forme avec:
- la hausse du taux de chômage qui conduit les chômeurs à exercer un petit métier;
- l’expansion des petits fabriquants-producteurs (bijoutier, forgeron, cordonnier, couturiers….) de l’artisanat traditionnel dans les couchent sociales défavorisées et les bas-quartiers;
- les contraintes administratives qui pèsent sur certains petits opérateurs qui finissent par opérer dans l’informel.
2) Faiblesses et Inconvénients: Le secteur informel et ses désavantages.
-Main d’oeuvre et emplois dans le secteur informel
La précarité, des conditions de travail, des locaux de travail et l'absence de protection sociale sont fréquents dans ce secteur. En effet, peu dispose d'un local pour leur activité. Ils exercent à domicile ou chez des clients et ne possèdent pas de local (commerce ou services). La précarité des locaux prive souvent de l’accès au téléphone, à l’eau courante et à l’électricité.
Toutefois, l’absence de local est, à certains égards, un choix de l’acteur de l’informel.
Alors que les femmes occupent la majeure partie des emplois précaires, les jeunes (ceux qui n’ont pas réussi leurs études ou qui sont à la recherche d’un emploi) occupent des emplois comme apprentis, démarcheurs….
Les rémunérations sont faibles et les normes régissant la durée de travail sont quasi inexistantes. L’informel échappe au code du travail, aux règles d’hygiène, à la sécurité professionnelle et sociale. Les risques d’accident et de maladie sont élevés.
Malgré ces conditions de travail, les travailleurs sont près à effectuer plus de 48 heures de travail par semaine pour des salaires bas. Cette forme d’emploiest particulièrement répandue dans les transports et la réparation où les horaires de travail sont les plus élevés.
Dans l’ensemble, le secteur informel provoque un surpeuplement urbain à cause de la facilité avec laquelle il permet d’exercer de petits métiers. En effet, beaucoup de personnes viennent s’installer en ville pour exercer dans ce secteur. Ce secteur accentue l’exode rural.
- Capital, investissement et financement du secteur informel
Le secteur informel est caractérisé par la faiblesse ou l’absence de capital dans le processus de production. En effet, le micro crédit, le crédit bancaire restent rares. De manière générale, il y a un manque de confiance entre les petits métiers qui offrent très peu de garanties et les secteurs financiers qui ne veulent pas prendre trop de risques. L’accès au crédit et son coût élevé demeurent, donc, une lourde contrainte pour les petits métiers.
Le cadre de l’informel connaît un faible niveau d’investissement induisant la faiblesse de la croissance de la production et des revenus du secteur.
- Production, insertion et concurrence
Le secteur informel présente des difficultés dans:
- l’écoulement de sa production,
- l’inadéquation du local d’activité,
- les difficultés pour assurer un approvisionnement régulier en matières premières.
Les coûts économique et sociaux sont indéniables car les activités échappent pour la plupart, à la fiscalité, faute d’une meilleure organisation et d’un contrôle rigoureux du secteur par les autorités.
Si la contribution du secteur informel urbain est importante en terme d'emploi, elle ne représente qu'une faible partie dans le produit national. En effet, l'absence ou la faiblesse des qualifications et le caractère rudimentaires des équipements se traduisent par une faible productivité du secteur.
Toutefois, vu sous un autre angle, le secteur informel présente de bons côtés.
3) Avantage et Forces
- Main d’oeuvre et emplois dans le secteur informel
Le secteur informel est un pourvoyeur d'emplois incontournable en milieu urbain. C’est un mode privilégié d'insertion sur le marché de travail. L’activité du commerce offre de l’emploi et aide à tempérer la crise économique et sociale. Les relations de travail recouvrent étroitement les relations de parenté, personnelles et sociales. C’est une forme de cohésion sociale.
C’est le secteur où se réfugient beaucoup de chômeurs. Il occupe une part très importante de la population. Selon divers enquêteurs, en 1985, le secteur informel représentait en Côte d'Ivoire 17% de la population active avec plus de 85% concentré en milieu urbain. Pour la décennie 1990 et les années 2000, ces tendances à l'accroissement de l’informel semblent s’être accentuées.
C'est le secteur créateur d'emploi par excellence avec une forte concentration au niveau des activités de service. Les femmes ainsi que les non ivoiriens ont un rôle prépondérant dans ce secteur.
- Capital, investissement et financement du secteur informel
Le capital du secteur informel est constitué de terrains et locaux et de machines et véhicules. C’est dans le secteur des services que les machines et véhicules constituent la part la plus importante du capital. L’épargne, le don ou l’héritage sont, de très loin, les principales sources de financement du capital dans le secteur informel.
Bien que le financement des activités du secteur informel se fasse essentiellement sur fonds propres, certaines ont recours aux emprunts comme complément. Le secteur informel ne nécessite pas un gros investissement.
- Production, insertion et concurrence
Les productions dans le secteur informel fluctuent avec la rentrée scolaire, campagnes agricoles, fêtes de fin d’années, fêtes religieuses….
Le secteur informel est en grande majorité son propre fournisseur. Les ménages constituent le principal débouché de la production informelle.
Sur les marchés de l’informel, les prix sont déterminés par rapport:
- au marchandage avec les clients;
- aux prix de référence des concurrents et aux prix officiels.
Le secteur informel est tourné vers les secteurs commerciaux (détails hors magasins), secteur service (coiffures, restaurations, réparations, transports….).
Il est constitué d'unités économiques qui produisent à petite échelle, avec un faible niveau d'organisation et une faible division du travail et du capital.
Le secteur informel a une action significative dans l’économie Nationale car en tant que créateur d’emplois, il participe pour beaucoup à la création de la richesse Nationale. Certes, la Côte d’Ivoire est un pays à vocation agricole. Mais, il est bon de savoir que les activités agricoles ne sont pas informelles et que ces dernières (activités informelles) ne sont pas à négliger.
A titre d’exemple, des enquêtes sur l’informel révèlent que « en 1986, la valeur ajoutée brute (VAB) des entrepreneurs individuels représentait 46% du PIB, soit 1146 milliards de F.CFA pour un PIB de 2487 milliards de F.CFA. Si on exclut de la VAB des entrepreneurs individuels les exploitants agricoles et les entrepreneurs individuels du secteur moderne, les activités informelles, en 1986, représentaient environ 12 à 15 pour cent du PIB. Si on actualise de telles données, on peut indiquer qu'aujourd'hui, les activités informelles contribuent environ pour un cinquième au moins à la création de la richesse nationale ». C'est donc un des secteurs moteurs important de l'économie nationale ivoirienne.
L'essentiel du secteur informel et de ses activités appartiennent au secteur tertiaire. En effet, la totalité sinon la grande partie des activités informelles sont des activités de service ou de commerce. Ce secteur, créateur de richesse, qui utilise une main-d'oeuvre importante, est aussi distributeur de revenus.
La production des activités de l’informel est destinée à une population à faible pouvoir d’achat et aux couches sociales défavorisées. Elle couvre la plupart de leurs besoins quotidiens.
4) Synthèse et Recommandations
4.1 Synthèse : préoccupation et volonté des petits entrepreneurs
4.1.1 Préoccupations des petits entrepreneurs
Selon des informations recueillies, les inquiétudes des petits entrepreneurs porteraient beaucoup sur l’utilisation des ressources fiscales collectées et sur le manque d’information.
-Certaines unités de Production Informelle (UPI) seraient prêtent à s’enregistrer et même à payer des impôts, pour peu qu’un contrat clair soit passé avec les autorités, dans le cadre d’une administration de proximité afin que les impôts collectés servent effectivement pour la réhabilitation des infrastructures urbaines, santé, éducation. En d’autres termes, les ressources fiscales doivent être affectées aux secteurs sociaux de base (éducation, santé, etc.); elles doivent servir à l’amélioration des investissements (routes, marchés, etc.) et à alimenter la constitution d’un fonds d’appui aux micro entreprises.
-Le non enregistrement est surtout dû au manque d’information et la méconnaissance des procédures.
4.1.2 Volontés des petits entrepreneurs : Les opérateurs du secteur informel cherchent à :
- avoir un accès facile au crédit et une meilleure information sur le marché financier avec un meilleur circuit d’approvisionnement en matières premières et l’accès aux équipements modernes;
- officialiser leur activité en permettant l’accès aux programmes de formation et de recyclage de la main-d’oeuvre.
L'ensemble de ces caractéristiques est essentiel lors de l'élaboration et la mise en oeuvre de mesures de politique adressées au secteur.
4.2 Recommandations
En définitive, le secteur informel demeure important dans notre économie Nationale. Les autorités sont, donc, invitées à initier des mesures incitatives et rassurantes, afin de pousser les opérateurs de ce secteur à s’engager sur la voie de la modernité, de l’organisation.