INTRODUCTION
L’objet de ce bulletin est de rappeler l’évolution économique récente de 2002 à 2005, de présenter la situation économique en 2006, en insistant sur la conjoncture dans le secteur de l’électricité, de l’eau, et enfin d’esquisser quelques perspectives pour 2007.
La dévaluation a impulsé un regain de compétitivité à l’économie ivoirienne qui a renoué avec une croissance soutenue moyenne de 5,6% entre 1995 et 1998 grâce à la progression continue des exportations et des investissements.
A partir de 1999, la détérioration des termes de l’échange combinée à la persistance de l’instabilité sociopolitique a entraîné le pays dans une récession économique jusqu’en 2003. Grâce à l’exploitation de nouveaux champs pétrolifères, à la hausse de la production de cacao et au dynamisme de la télécommunication, l’économie ivoirienne connaît depuis 2004 un rebond de croissance. Ce retour à la croissance sera confirmé en 2005 (+1,8%) en dépit de la contrainte extérieure exercée par la hausse des cours du pétrole.
En 2006, malgré une conjoncture économique internationale favorable, marquée par l’expansion du commerce mondial, le raffermissement des cours des matières premières et le recul du prix du baril, les performances économiques nationales ont été bridées par le retard observé dans la normalisation de la situation sociopolitique. Le taux de croissance prévu à 1,8%, initialement, s’est établi à 1,2%.
I. EVOLUTION ECONOMIQUE RECENTE DE 2002 A 2005
1.1. Contexte macroéconomique
L’année 2002 avait été placée dans une perspective de relance économique. Cependant, l’économie ivoirienne n’a pas pu profiter pleinement de l’environnement favorable marqué par la reprise de la coopération financière avec les bailleurs de fonds, la reprise de l’activité économique mondiale et l’amélioration d’ensemble des cours des principaux produits de base exportés par la Côte d’Ivoire. En effet, depuis le 19 septembre 2002, l’économie ivoirienne a subi les contrecoups de la crise militaro-politique. *En conséquence, au terme de l’année 2002, la croissance s’est établie à -1,6% en termes réels contre +3% initialement prévu ( Lorsqu’il s’agit d’évaluer les performances d’une économie en termes de croissance, il devient essentiel de mettre l’accent sur l’évolution réelle (ou en volume) du PIB en ne tenant pas compte des changements de prix. Pour mesurer l’évolution du PIB réel ou en volume, l’on maintient artificiellement les prix à leur niveau d’une année donnée (dite année de base) et la seule source de variation du nombre d’unités monétaires est une variation des quantités physiques. On mesure de cette manière une variation de volume, ou encore de valeur à prix constant. ).
La mise en œuvre des accords de Marcoussis, pour résoudre la crise ivoirienne, a permis de relancer l’économie. Ainsi, après un taux de variation du PIB de (-1,7%) en 2003, l’économie a renoué depuis 2004 avec une croissance positive de (+1,6%). Les principaux moteurs de la croissance furent l’expansion de la production de pétrole et le boom dans la télécommunication.
Le secteur industriel affecté par la crise de 2002 a connu un redressement sensible qui s’est confirmé en 2005. Cependant, la reprise de la production industrielle s’apparente plus à un rattrapage par rapport à la chute enregistrée en fin 2002 qu’à un regain de compétitivité des entreprises nationales. A la vérité, le contexte de crise a occasionné un rétrécissement des débouchés des entreprises et la délocalisation de certains opérateurs économiques. Par ailleurs, dans l’optique d’une normalisation graduelle du contexte socio politique, l’économie a enregistré en 2005 une croissance réelle de +1,8%.
L’inflation s’est située à 3,1% en 2002 puis 3,3% en 2003. Ce taux est de 3,6% en 2005 contre 1,4% en 2004.
Au niveau de la situation financière, l’Etat fait face depuis 2002 à d’énormes charges financières (dépenses sociales liées à la crise, dépenses pour le retour à une situation normale de paix, etc.). Il faut noter que les bailleurs de fonds ont gelé leurs financements dès l’éclatement de la crise et conditionnent leur retour au démarrage des opérations de désarmement et de réunification du pays. Ainsi, l’épargne constituée en 2001 grâce à la mise en place du budget sécurisé a cédé la place au creusement du déficit budgétaire en moyenne à (-2%) du PIB sur la période 2002-2005.
En revanche, malgré le contexte difficile, les opérations du compte courant de la balance des paiements enregistrent depuis 2002 un excédent établi en moyenne à 2,6% du PIB. L’amélioration des transactions courantes est le résultat du raffermissement des termes de l’échange et de l’accroissement des productions agricoles d’exportation (surtout le cacao). La position extérieure de la Côte d’Ivoire reste donc favorable sur l’ensemble de la période.
1.2. Evolution du secteur Electricité et Eau (2002-2005)
Sous l’effet de la hausse de la demande extérieure et de la dynamique de la production de source thermique gaz, la production nationale nette d’électricité a progressé en moyenne annuelle de 3,3% sur la période 2002-2005. Quant à la vente industrielle d’électricité, elle a connu une baisse en moyenne annuelle de 1,9% entre 2002 et 2005 en raison des difficultés rencontrées par les industries et services depuis le déclenchement de la crise.
Cependant, la vente d’électricité aux ménages a enregistré une hausse sur la période (+3% en moyenne annuelle). En conséquence, la vente nationale d’électricité s’est établie en hausse de 0,4% entre 2002 et 2005 alors que la consommation nationale nette enregistre une augmentation de 3,4% sur la même période. En moyenne, le ratio de facturation est de 81,7% sur la période.
Au total, la croissance dans le secteur énergétique reste modeste sur la période 2002-2005.
Production et Consommation d’électricité (gigawattheure) (GWh) |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
Moyenne 2002-2005 |
Production nationale nette |
5277 |
5062 |
5370 |
5530 |
5310 |
Evolution annuelle |
8,3% |
-4,1% |
6,1% |
3,0% |
3,3% |
Consommation nationale nette |
3415 |
3393 |
3721 |
3896 |
3606 |
Evolution annuelle |
0,0% |
-0,6% |
9,7% |
4,7% |
3,4% |
| Ventes nationales d'électricité |
2947 |
2833 |
2973 |
3004 |
2939 |
| Evolution annuelle |
-0,4% |
-3,9% |
4,9% |
1% |
0,4% |
Haute et moyenne tension |
1556 |
1502 |
1401 |
1463 |
1480 |
Evolution annuelle |
-2% |
-3,4% |
4,6% |
-6,9% |
-1,9% |
Basse tension |
1391 |
1331 |
1572 |
1541 |
1459 |
Evolution annuelle |
1,4% |
-4,3% |
18,1% |
-2% |
3,0% |
| *Evolution du ratio de facturation en % |
86,3% |
83,5% |
79,9% |
77,1% |
81,7% |
Exportation |
1565 |
1327 |
1411 |
1398 |
1425 |
Ventes totales d’électricité |
4511 |
4160 |
4384 |
4402 |
4364 |
(*) Part des Ventes nationales d'électricité dans la consommation nationale nette d'électricité |
Source : CIE ; DBCG
Pour le secteur de l’eau, entre 2002 et 2005, la production et la facturation augmentent sensiblement puis s’amenuisent en faisant la grande part aux anomalies de consommation et aux pertes (techniques, de transports).
Le ratio de facturation est en moyenne de 79% sur la période.
| Production et consommation d'eau en millier de m3 |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
Moyenne 2002-2005 |
| Production |
148329 |
156180 |
161376 |
164631 |
157629 |
| Facturation |
120485 |
124566 |
126352 |
128854 |
125064 |
| Ecart |
27844 |
31614 |
35024 |
35777 |
32565 |
| Ratio de facturation en % |
81,2 |
79,8 |
78,3 |
78,3 |
79 |
II. CONJONCTURE ECONOMIQUE EN 2006
2.1. Performances économiques en 2006
L’économie ivoirienne a évolué en 2006 dans un environnement international favorable, marqué par l’accroissement des échanges commerciaux, la bonne tenue des cours des principales matières premières et par le reflux du prix du baril de pétrole.
Toutefois au niveau national, le retard accusé dans le processus de normalisation combiné à l’affaire des déchets toxiques a perturbé l’environnement national. Le taux de croissance réel du Produit Intérieur Brut (PIB) initialement prévu à 1,8% a été révisé à 1,2%.
L’économie ivoirienne a bénéficié du dynamisme du secteur primaire grâce à l’introduction du secteur pétrolier et la bonne tenue du secteur tertiaire dont les principales locomotives ont été les branches télécommunications et commerce de détail. Mais, sa croissance a été parfois bridée par les difficultés rencontrées par le secteur secondaire, ainsi que par les résultats moins important que prévu enregistrés au niveau des exportations et de la production pétrolière. Le secteur secondaire a particulièrement été affecté par la chute de la production agroalimentaire (-16,4% à fin décembre 2006) et par les baisses importantes observées au niveau de la production de textile (-27,5%) et du bois (-38,7%). La production de l’électricité (selon l’indice de la production industrielle calculé par l’Institut National de la Statistique INS) s’est tassée à 0,4%.
Le taux d’inflation moyen annuel est révisé à 2,5%, en 2006. Ce taux est en dessous de la norme communautaire (3%).
Au plan extérieur, la dynamique constatée au niveau des exportations se maintient. On enregistre une hausse des exportations de 1,7% tandis que les importations diminuent de 2,8%.
2.2. Conjoncture dans le secteur énergétique (eau, électricité, gaz) en 2006
La production nationale d’électricité est en baisse de (-0,3%) pour un niveau de 5511 GWh. A noter que dans cette production, celle de l’hydraulique nette augmente de 5,4%, mais celle du thermique gaz net baisse de 2,3%. La vente nationale d’électricité est en hausse de (+8,6%) pour atteindre 3 263 GWh alors que la consommation nationale d’électricité augmente de (+7,9%) pour se situer à 4206 GWh. Le ratio de facturation est de 77,6%.
Les ventes d’énergies à l’extérieur baissent de (-25,2%). La production totale de produit pétrolier baisse de (-11,0%) avec la vente des réseaux qui dégringole de (-8,4%) et la consommation nette nationale de produit pétrolier qui suit la même tendance avec une chute de (-4,7%) à cause d’un recul dans l’utilisation du super, du gasoil, des DDO.
Source CIE
Pour le secteur de l’eau, la production a augmenté de 0,15% pour atteindre 164 887 millions de m3 en 2006.Cette augmentation provient essentiellement de la production d’Abidjan en hausse de 1,9%, du fait d’un meilleure disponibilité des forages Toutefois, les ventes ont baissé de 1,15% pour atteindre 127 369 millions de m3. Les écarts entre la production et la facturation se sont creusés du fait d’une accentuation des pertes techniques, de transport et d’anomalie de consommation (fraude). Le ratio de facturation est de 77,2%.
Source SODECI
A l’initiative des réformes, un certain nombre de contraintes ont été réduites voir annihilées. Ainsi, dans le secteur des hydrocarbures, des mesures ont été prises pour: palier l’insuffisance des livraisons de gaz au secteur électrique; réduire les coûts d’exploration et de production afin d’optimiser les revenus pétroliers de l’Etat; suivre toutes les réformes du secteur pétrolier et tous les flux (physiques et financiers) du secteur. Dans le secteur de l’électricité, des initiatives prises sur le moyen terme (horizon de trois 3 ans) vont dans le sens du rétablissement de l’équilibre financier du secteur et de l’opérationnalisation sur une période de 15 ans supplémentaires: compensation des dettes et créances croisées constatées à fin décembre 2006 incluant une partie des consommations domestiques de la zone Centre-Nord-Ouest (CNO). Pour le secteur eau, le Ministère des infrastructures économique mène actuellement une étude rétrospective de la concession de service public d’eau potable en CI portant sur la période 1987-2006. Cette étude vise à adapter ce secteur à l’environnement institutionnel et juridique actuel. Il reste cependant que la trésorerie de ce secteur est actuellement très précaire du fait des impayés de l’Etat (estimés à 31 milliards net à fin décembre 2006) et ceux des clients privés de la zone CNO (10,3 milliards FCFA de septembre 2002 à fin décembre 2006).
CONCLUSION
En 2006, la croissance économique est en redressement avec un taux de (+1,2%) grâce au secteur primaire (bonne tenue de la production agricole et dynamisme du secteur pétrolier) et à la progression des services (télécommunications). Le contexte international semble plus favorable qu’en 2005 mais les objectifs de croissance fixés n’ont pu être atteint en raison des difficultés techniques dans le secteur de l’extraction minière et le recul plus important que prévu de la production industrielle.
Pour 2007, dans un contexte international comparable à celui de l’année précédente, l’économie ivoirienne reste tributaire des avancées du processus de normalisation dans l’industrie. Toutefois il faut garder un œil attentif sur l’évolution de la production pétrolière au risque de voir des ralentissements dans les activités économiques. C’est ainsi que dans ses perspectives pour l’exercice 2007, la SODECI reste prudente malgré le redéploiement dans les zones CNO et prévoit un résultat net prévisionnel équilibré. Pour la CIE, l’amélioration de la qualité des services et du produit, la réorganisation de l’entreprise autour des métiers opérationnels occupent une place importante dans les objectifs généraux et spécifiques tracés.
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